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Bébé me prend pour une tétine

9 août 2020

“Il va te prendre pour sa tétine”… Voici ce qu’on m’a dit… Et ce que j’ai parfois pensé. Il me manquait des clés de compréhensions, notamment des enjeux émotionnels. Voici quelques pistes !

il va te prendre pour sa tétine

Ma préparation : comment j’ai abordé l’allaitement

Pendant ma première grossesse, je prévoyais d’allaiter, et j’ai tenu à m’y préparer : je savais que ce n’était pas toujours si simple. J’ai lu des livres sur l’allaitement, je suis allée à une réunion de La Leche League, je me suis gavée de témoignages…

Cette préparation était d’autant plus importante pour moi que j’avais quelques réticences psychologiques autour de l’allaitement. Je voulais absolument allaiter, pourtant l’idée d’allaiter me “gênait”. L’idée que l’on me voie allaiter me gênait encore plus. D’ailleurs, voir des mères allaiter me gênait. C’est con, mais c’est comme ça.

Toute gêne a entièrement disparu dès que j’ai tenu mon bébé dans les bras. Comme quoi.

Même si je m’étais autant renseignée que possible pour aborder sereinement l’allaitement, j’ai connu, comme beaucoup de mères, de grands moments de désarroi. Il y a un sujet en particulier sur lequel j’ai reçu pas mal de renseignements contradictoires : l’allaitement à la demande. Dit autrement : les tétées de confort, celles qui soulagent d’autres maux que la faim. Dit d’une manière qui ne reflète pas mon point de vue mais que je vais beaucoup utiliser dans cet article : les tétées-tétine.

Paradoxalement, ce n’est que longtemps après avoir arrêté d’allaiter que j’ai compris les réels enjeux derrière l’allaitement à la demande… Les enjeux émotionnels.

Mon expérience de l’allaitement à la demande

J’ai allaité mes 2 enfants relativement longtemps pour la norme sociale occidentale, mais pourtant pas assez longtemps à mon gout : à chaque fois, le sevrage n’a pas été “naturel” (ma définition de “progressif et initié par l’enfant”) comme je l’avais fantasmé, mais de mon initiative.

Le premier a fait sa dernière tétée à 2 ans tout pile : j’étais enceinte du deuxième, je n’avais plus de lait, et j’avais beau avoir lu un livre (réaliste et très bien fait) sur le co-allaitement, j’ai dû à contrecoeur remballer mes étoiles plein les yeux à l’idée d’allaiter mes 2 enfants en même temps. Allaiter enceinte était devenu intolérable pour moi vers le 4ème mois de grossesse. Mon corps faisait un rejet total, et il a bien fallu que j’écoute mes ressentis plutôt que mes étoiles plein les yeux (pour une fois).

Le deuxième a arrêté de téter quelques mois avant ses 3 ans. Encore une fois, je ne le supportais plus.

A lire aussi, mon article : Sevrer un enfant de 2 ans (et plus) en 10 étapes

S’il y a plusieurs choses que je ferais différemment aujourd’hui (en particulier : faire plus attention à mon alimentation et aux carences (par exemple je me suis retrouvée en grosse carence de vitamine D et c’était pas intelligent), être plus à l’écoute de mes propres ressentis, mieux me renseigner au sujet des freins de langue…), je n’ai pas trop de regret par rapport à mes allaitements, et c’est une chance. Il y a cependant une chose que j’ai compris bien plus tard, et que j’aurais aimé que l’on m’explique mieux (on m’avait expliqué je pense, mais j’avais pas compris), au sujet de l’allaitement à la demande. Pas pour ne pas faire à la demande (je ne pense pas que je saurais ni ne voudrais faire autrement), mais pour le faire un peu plus en conscience.

Le premier avertissement : “il va te prendre pour sa tétine

Lors d’une visite quelques jours après mon premier accouchement, voyant que mon bébé de même pas une semaine “tétouillait”, ma sage-femme m’a dit quelque chose comme : “ne le laisse pas téter s’il a fini de boire, sinon il va t’utiliser comme une tétine.”

Ayant beaucoup lu de choses sur l’allaitement à la demande et le maternage, et ma confiance en ma sage-femme ayant été érodée (injustement ou pas, c’est une autre histoire) par un accouchement plutôt traumatique quelques jours plus tôt, je n’ai pas accordé beaucoup de crédit à son avertissement.

Plus tard, j’ai répété son propos lors d’une réunion La Leche League, et bien sûr elles ont abondé dans mon sens : on a inventé les tétines pour remplacer les seins maternels, et non l’inverse, voyons !

L’histoire était close.

A lire, cet article sur LLL : Allaitement et Maternage, LLL

J’étais leur tétine géante

Mes enfants n’ont jamais eu de tétine. J’étais effectivement leur tétine géante. Mais c’était bien à ça que servait en partie l’allaitement dans une démarche de maternage proximal, non ?

Et puis… C’était quand même bien pratique cette histoire de tétées à la demande ! Pas besoin de logique, de plan de route, de comptage des millilitres absorbés. Pas besoin non plus de me lever la nuit. 

J’aurais été bien incapable de dire quelle tétée servait à nourrir, quelle autre servait à réconforter, de quand datait la dernière tétée, ni même combien de fois ils tétaient par jour ou se réveillaient la nuit. Je les nourrissais au sein, je les endormais au sein, je les réconfortais au sein.

J’ai tenté quelques fois de tirer mon lait mais j’ai vite abandonné : ce n’était pas aligné avec l’aspect practico-pratique sans prise de tête qui m’allait bien de l’allaitement à la demande.

J’ai tenté aussi la tétine, mais ils ne l’ont pas prise du premier coup (si je comprends bien il aurait fallu que je les “force” un peu pour qu’ils acceptent la tétine. Lol… Pourquoi l’auraient-ils prise sinon ? Ils avaient déjà une tétine à volonté : maman).

Cela m’allait avec de tout petits bébés. Mais une fois les bébés ayant grandi ?  

Décharge émotionnelle VS téter ?

Concrètement, j’ai beaucoup beaucoup utilisé la tétée pour “accompagner” les émotions de mes enfants.

Et de fait, le sevrage de mon deuxième, qui s’est étalé sur plusieurs mois avant ses 3 ans, ne s’est pas fait sans beaucoup de larmes.

L’arrêt de la tétée, lorsqu’il n’est pas initié par l’enfant, est un vrai deuil pour lui. Et qui dit deuil dit colère, négociation… et enfin, tristesse. Bref, beaucoup d’émotions à accueillir.

À regarder aussi, ma vidéo sur l’accompagnement de la frustration chez l’enfant, qui constitue pour lui à chaque fois un “mini deuil” : Parentalité consciente, la frustration

Mais en en plus du deuil de la fin des tétées, avec ce sevrage, mon enfant perdait aussi une manière de réguler ses émotions… Toutes ses émotions, et pas seulement celles liées directement à la fin de l’allaitement.

La tétine, un bouchon émotionnel ?

La tétine est parfois pointée du doigt pour son rôle dans le refoulement émotionnel de l’enfant (la tétine empêcherait dans une certaine mesure et dans certains cas les enfants de pleurer et de décharger des émotions, qu’ils enfouiraient ainsi en eux au lieu de les exprimer dans l’instant).

bébé tétine jolies théories

Je suis mal à l’aise pour parler d’un sujet que je ne connais pas, mais je sais qu’à l’arrêt de la tétine, les tempêtes émotionnelles peuvent se multiplier… D’une violence éventuellement inédite, autant pour les parents désemparés que pour l’enfant qui doit maintenant composer avec ses émotions sans le régulateur habituel que constituait sa tétine.

Pourtant, les crises émotionnelles ne sont ni “négatives”, ni à éviter. Au contraire : elles sont utiles. Pleurer est utile !

D’ailleurs il y a un nom exprès pour ça : la décharge émotionnelle.

À lire aussi, mon article : Mon enfant n’est jamais content, la décharge émotionnelle

J’ai moi-même longtemps confondu “grosse émotion” de mes enfants avec “problème pour lequel il faut trouver une solution… vite !”

La différence entre la tétine et la tétée (attention, scoop)

Ai-je parfois utilisé l’allaitement pour calmer un bébé qui pleurait, l’empêchant ainsi d’exprimer son émotion et sans chercher le réel besoin derrière ? Euh… Oui.

Ai-je ainsi utilisé l’allaitement comme un bouchon émotionnel, cela même que certains pointent du doigt avec la tétine ? Ai-je ainsi empêché certaines émotions de mes enfants de s’exprimer tout à fait, en proposant le sein trop rapidement pour faire taire les pleurs ? Oui, je pense.

Oui, je l’ai fait avec l’allaitement, ainsi qu’avec toutes sortes d’autres divertissements pour éviter (réprimer ?) les pleurs (des “ça va aller”, des “on passe à autre chose”, des bercements, des histoires, des solutions proposées…).

Je l’ai fait parce qu’à l’époque, je n’avais pas encore compris que les pleurs n’étaient pas le problème, mais bien souvent la simple solution.

Néanmoins, il y a une différence de taille entre la tétée et la tétine : de l’autre côté du sein, il y a un être humain. Et même si maman est occupée à faire autre chose pendant que l’enfant tète (s’occuper d’un autre enfant, lire, discuter avec quelqu’un, regarder son smartphone…), la relation est réelle. L’attachement se traduit concrètement en termes d’hormones : de l’ocytocine est produite pendant l’allaitement, hormone de l’amour qui vient contrer le cortisol, hormone du stress.  C’est donc dans un rapport de tendresse et de proximité, que l’enfant s’apaise. Et d’ailleurs, cela vaut autant pour les gros câlins que pour les tétées ! 

(Parenthèse : hého ça suffit de culpabiliser les mères qui regardent leur Facebook en même temps qu’elles allaitent, merci… Parce qu’au bout d’un moment, oui, il nous arrive de nous faire grave chier, à nous perdre toute la journée dans le regard de nos tendres chérubins, sans autre activité ni relation sociale… d’où l’utilisation salvatrice des réseaux sociaux… réseaux sociaux qui paradoxalement sont devenus un bouchon émotionnel pour beaucoup d’adultes, moi la première… mais ça, c’est une autre histoire, et j’en reparlerai !)

Conclusion : les enjeux émotionnels de la tétée

Au-delà de l’allaitement et de cette histoire étrangement formulée de “tétine géante”, c’est tout le package maternage proximal (allaitement, cododo, portage, etc.) que j’ai abordé sans réelle conscience des enjeux émotionnels.

Je maternais parce que c’était viscéralement impossible pour moi de faire autrement. Et à refaire, je referais pareil aujourd’hui.

Mais avec le recul, je pense ne pas toujours avoir fait la part des choses entre la logique viscérale et hormonale du truc (impossible de les laisser pleurer, de les séparer de moi pour dormir quand ils étaient si riquiquis d’amour, de ne pas répondre à leurs besoins tout de suite), et les émotions que je ne savais pas toujours accueillir (les miennes autant que les leurs, d’ailleurs).

Plutôt que des opinions sans nuances telles que “il va te prendre pour sa tétine” d’un côté, et “la tétée est aussi là pour apaiser l’enfant donc allons-y franchement 24h/24 car c’est ce que font les sociétés non maladives du lien maternel” de l’autre, voici ce que j’aurais aimé que l’on me dise à l’époque brouillardeuse de mes premières années de maternité (mais va savoir si j’aurais compris) : les pleurs ne sont pas un problème, et ne sont pas à faire taire.

C’est tout.

Si j’avais compris ça plus tôt, peut-être aurais-je autant allaité, et de la même manière, à la demande, mais sans cette petite tension grandissante avec l’âge de mes enfants, avec moins de culpabilité face à l’ambivalence de mes sentiments, et avec plus d’assurance pour remplacer certaines tétées par des gros câlins et un accueil empathique de leurs émotions.

La tétée est parfaite pour apaiser un enfant. C’est un des rôles de l’allaitement, quoi qu’en disent certaines croyances occidentales hélas encore répandues qui voudraient cantonner l’allaitement à son rôle nourricier, en brandissant le risque de la tétée-tétine. Il n’y a rien de toxique ni de malsain dans le plaisir et l’interdépendance entre une mère allaitante et son enfant.

La tétée est parfaite pour apaiser un nouveau-né, autant qu’un enfant de quelques années… tant qu’on ne confond pas apaiser avec faire taire une émotion.

Quand on commence à comprendre cette nuance, c’est un apprentissage à double sens qui va se mettre en place. Car pour accompagner les émotions de nos enfants, il est nécessaire de faire la paix avec nos propres émotions… et vice-versa !

Bonne chance !

A lire absolument : les livres d’Aletha Solter, fondatrice du “aware parenting institute” et auteure de nombreux livres sur les besoins et les émotions des bébés et enfants

À suivre : Cela fait plusieurs articles et vidéos que je partage sur le sujet des émotions. Lors de mon dernier article sur la décharge émotionnelle, on m’a demandé ce que ça signifiait concrètement, “accueillir une émotion”.

C’est bien beau de l’écrire comme ça, mais en réalité, accueillir ses émotions, ce n’est pas du tout si évident que ça !

Je prépare une vidéo sur le sujet. Une vidéo drôle et importante, pour tous les parents (ou pas) qui se demandent comment faire la part des choses entre le très spirituel “se laisser traverser par une émotion”, et le tout autant très spirituel “ne pas se laisser envahir par une émotion”. Je prépare cette vidéo pour la rentrée. Si ce n’est pas déjà fait, pensez à vous abonner au blog (formulaire ci-dessous) pour ne pas la rater !

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6 Commentaires
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marlène
marlène
1 mois il y a

maman spirituelle j’aime vous lire parce que ça cogite un max (HP?)…tout est analysé, puis l’analyseur se regarde et se distancie un peu plus…etc. les poupées russes d’une certaine façon! j’ai été maman 4 fois, allété chacun de mes enfants, en apprenant par moi-même et écoutant mes ressentis, en progressant à chaque grossesse sans doute! entre l’épuisement total de la première (le père est allé bossé à l’autre bout de la France et j’assurais tout seule, de toutes façons, même quand il était là, j’étais seule: style j’ai conduit la voiture avec les contractions de l’accouchement parce que monsieur était… Lire la suite »

Antonine
1 mois il y a

MERCI :) Ca me fait toujours du bien de te lire = lire enfin quelque chose qui ressemble à ce que je vis :) => continuuue !! En plus, tu es mon héroïne, car toi tu arrives à publier des articles et des vidéos trop drôles et trop cools. Moi, sur insta, j’ai juste créé un compte public, point. ^^ (ça se dit “point mort” en grammaire?)   Pour revenir à l’article, en effet tout est dans : “tant qu’on ne confond pas apaiser avec faire taire une émotion” et “les pleurs n’étaient pas le problème, mais bien souvent la… Lire la suite »

Andréanne
Andréanne
1 mois il y a

Quel texte important! Merci de l’avoir si bien écrit… c’est toujours un plaisir de vous lire et de vous écouter