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Mettre en lumière les systèmes de domination

7 mars 2020

C’est l’énergie du moment, semble-t-il… Alors on y va !

Dans cet article, je vais parler de patriarcat en particulier, mais surtout de domination en général. J’avais dans l’idée depuis longtemps de faire une vidéo sur le patriarcat comme modèle de société… Mais quelque chose ne collait pas dans ce que je racontais. Quelque chose n’était pas aligné. Grâce au retour d’amies à qui j’ai demandé l’avis (chose que je ne fais quasiment jamais), j’ai compris que ce n’était pas de patriarcat dont je parlais, mais de domination… Et finalement, j’ai eu tellement de choses à dire que ce qui devait être une vidéo s’est transformé en article. Pour ceux qui préfèrent écouter que lire, j’en ai fait une version audio sur ma chaine youtube : j’y lis mon article mot pour mot. Vous choisissez :-) 

Patriarcat… Et c’est tout ?

Qu’est-ce que le patriarcat ?

Le patriarcat, c’est un modèle de société basé sur la domination des hommes sur les femmes.

Mais lorsqu’on parle de convergence des luttes, l’idée, c’est qu’il existe plusieurs systèmes de domination, imbriqués les uns aux autres. Le patriarcat est UN aspect de l’omniprésence des systèmes de domination dans nos sociétés. Et quand je dis « nos sociétés », je distingue la multitude de sociétés qui existent, et je ne pense pas à quelque chose de figé, mais bien à quelque chose de toujours en mouvement. Une société, ça n’est jamais que la somme de tous les individus qui la constituent.

Il y a d’autres systèmes de domination que le patriarcat : le colonialisme, les classes sociales, etc…

On voit les conséquences de ces modèles dominants-dominés à plusieurs échelles, planétaire, nationales, communautaires, dans les entreprises, dans les familles. Cela se traduit par tout un tas de choses au niveau politique, sociologique, historique, environnemental…

La domination est un système vertical, hiérarchique : les systèmes de domination hiérarchisent la vie.

Les hommes dominent les femmes.
Les adultes dominent les enfants.
Au travail, les chefs dominent les sous-chefs qui dominent les sous-sous-chefs… jusqu’aux sous-fifres.
Les riches dominent les pauvres.
Les blancs dominent les personnes racisées (en Occident).
Les institutions étatiques représentant l’autorité dominent les citoyens.
Les êtres humains dominent les animaux et la nature.

À chaque fois, la domination n’est pas une généralité. Par exemple TOUS les hommes ne dominent pas TOUTES les femmes, évidemment. Il n’y a rien de figé, c’est toujours en mouvement. Certains états sont plus totalitaires que d’autres. Certains parents sont plus autoritaires que d’autres. Ceci est simplement une liste non exhaustive de dominations possibles, que l’on retrouve à plus ou moins grande échelle, de manière plus ou moins systémique, dans nos sociétés occidentales actuelles (et pas que).

Comparaison de nos souffrances respectives

J’ai déjà vu des hommes rétorquer que, les femmes se plaignent, mais n’empêche que les hommes ont plus la pression pour subvenir aux besoins de leur famille, ou alors qu’ils exercent les métiers les plus éprouvants physiquement… Donc les femmes sont bien gentilles, mais le patriarcat, ça profite aussi à leur confort.

Oui. Alors. Non. Pas tout à fait. Ce constat de la situation de certains hommes, qui correspond peut-être à une réalité, c’est parce que les systèmes de domination sont tous imbriqués. Mais les individus qui sont dominants dans tous les domaines, euh, non, ils ne ressentent en général pas la même pression pour subvenir aux besoins de leur famille, pas plus qu’ils n’exercent les métiers les plus éprouvants physiquement.

Mettre en lumière les systèmes de domination, ça n’est pas instaurer une compétition de qui souffre le plus, selon ses attributs sexuels, sa couleur de peau, son origine sociale…

Mettre en lumière les systèmes de domination, ça n’est pas être de pauvres hystériques qui se plaignent pour un rien, jamais contents, et qui ne voient que le côté négatif de la vie, sans voir le côté positif de toute cette domination (lol, hein).

Non.

Mettre en lumière les systèmes de domination, c’est juste ça : mettre en lumière les systèmes de domination.

Colère

Évidemment qu’il y a de la colère quelque part, à un moment où à un autre, quand on est dominé, puisque la matérialisation de la domination, c’est quelqu’un qui abuse de son pouvoir sur nous (il a le droit, il est supérieur), qui ne respecte pas nos limites et notre pouvoir personnel de disposer de nous-mêmes… et la réponse émotionnelle saine à l’irrespect de nos limites, c’est la colère

Je tiens alors à faire la distinction entre colère et colère :

– La colère accueillie, une émotion qui nous traverse, et que l’on intègre, pour retrouver ensuite la paix intérieure. Une colère dans l’instant, qui nous fait dire : je n’accepte pas cette domination.

– La colère coincée, qui tourne en boucle en s’associant à notre mental, en s’amalgamant avec des blessures émotionnelles non résolues du passé, qui nous fait nous raconter tout un tas d’histoires, qui nous déconnecte de la réalité dans le moment présent, qui alimente notre ego, et qui entre en résonance avec les ego des autres. 

Cette distinction vaut pour toutes nos émotions, et c’est la raison pour laquelle le travail sur soi, et en particulier l’accueil de nos émotions, est si important selon moi, pour apprendre à ne plus confondre colère accueillie et colère coincée.

Mais tant qu’il y a domination, il va continuer à y avoir de la colère, puisqu’il y a de l’irrespect.

Et quand je parle d’irrespect, je prends garde à ne pas confondre mes réactions émotionnelles face à ce que je considère comme de l’irrespect, à de l’irrespect effectif.

Exemple : quelqu’un qui me dit que ce que je raconte c’est de la merde, et qu’en plus je suis moche, ça n’est pas de l’irrespect. L’autre exerce son pouvoir personnel de parler, et il dit ce qu’il veut. Si ça me met en colère, ou si ça me rend triste, ou quelque émotion que ce soit, c’est MON problème. Si je suis adulte, je peux choisir de ne pas être en relation avec cette personne, puisque visiblement nous ne partageons pas les mêmes valeurs. Et si cette personne met un commentaire sous un de mes partages sur internet pour m’expliquer pourquoi je suis conne, je supprime le commentaire. Mais cette personne ne m’a pas manqué de respect. Eventuellement, je vais mal le vivre, cela va réveiller des blessures en moi… et je vais peut-être même avoir besoin d’aide pour surmonter tout cela. Mais l’autre ne m’a pas manqué de respect.

Ça me fait rigoler, puis je supprime.

Par contre, quelqu’un qui utilise la violence pour me faire taire, ou me force à l’écouter me dire en boucle que ce que je raconte c’est de la merde et que je suis moche, sans moyen pour moi d’arrêter de l’écouter (harcèlement), c’est de l’irrespect : l’autre empiète sur mes limites. Dans ce cas, la colère est saine. Et une fois que je me suis extirpée de la situation, je peux lâcher la colère. Attention, je n’ai pas dit que lâcher la colère était facile, ni qu’une agression ne laissait pas de trace ou de traumatisme… Je n’ai pas non plus dit que l’on pouvait toujours effectivement s’extirper de la situation, au contraire, c’est parfois impossible dans un système de domination, et c’est bien le problème (exemples : quand on est un enfant, ou dans le cas de l’esclavage).

Vous comprenez ce que je veux dire quand je parle de l’importance du travail sur nos émotions pour ne pas confondre colère accueillie et colère coincée, pour ne pas voir un manque de respect là où il n’y en a pas ?

Je vous conseille vivement les vidéos de Laurent Martinez, qui m’ont beaucoup appris et inspiré sur ce thème des émotions, du respect, de la responsabilité… Par exemple cette vidéo sur “vivre ses émotions à l’endroit”, mais il y a plusieurs centaines sur sa chaine et j’aurais tendance à toutes les conseiller :

Mais comment voulez-vous que le monde s’apaise et que la lumière totale soit mise sur les systèmes de domination, si on s’interdit d’être en colère, alors que la colère est justement un des indicateurs privilégiés pour nous permettre de mettre en lumière la domination ?

Ça, dans le monde du développement personnel, c’est assez tendance, de juger la colère. C’est dommage. Parce que la colère, elle a une raison d’être. Ça n’est pas juste l’ego qui s’excite, et auquel on s’identifie jusqu’à en perdre de vue que notre essence est bien plus vaste que ce « petit moi pas content ». Regardez le monde dans lequel on vit, la situation de la planète… La paix ? Vraiment ? Comment la paix pourrait-elle se concrétiser sans mise en lumière totale des systèmes de domination qui, me semble-t-il, prédominent encore ?

S’exprimer à la place des autres

Par contre, au-delà de prendre ou non la responsabilité de mes propres émotions face à ce que pourrait dire quelqu’un et qui ne me plairait pas, si quelqu’un s’exprime à ma place, c’est bel et bien de l’irrespect.

L’irrespect de l’autre, ça n’est pas QUE l’irrespect de son intégrité physique. L’irrespect, c’est aussi s’exprimer à la place de l’autre, d’autant plus quand on ne laisse pas à l’autre les moyens effectifs de s’exprimer lui-même (atteinte à la liberté d’expression, pressions physiques et psychologiques, manipulation, invisibilisation, infantilisation… autant de choses qui peuvent nous empêcher de nous exprimer nous-mêmes).

S’exprimer à la place de l’autre, c’est de l’irrespect. C’est un moyen de domination.

Cela engendre de la colère. 

C’est un signal pour le dominé : quelqu’un parle à ma place, quelqu’un dépasse mes limites.

Mettre de la conscience sur notre position dans les systèmes de domination en place

On a beau ne pas être soi-même dans une posture de domination vis-à-vis d’autrui, il me parait essentiel de mettre de la lumière sur propre position dans les systèmes de domination en place.

Je suis blanche, de classe sociale moyenne ++, je suis éduquée, je n’ai jamais manqué de nourriture ou d’argent : je fais partie d’une catégorie dominante. Je suis certes une femme, mais question d’époque et de milieu, j’ai été relativement préservée de la domination masculine, soyons clairs. J’ai voyagé, j’ai fait des études scientifiques, et j’ai même travaillé dans le pétrole, c’est pour dire (dans les marées noires, pour être exacte… donc, oui, dans le pétrole).

Cela ne fait pas de moi une dominante. Mais je me dois d’avoir conscience que ma position m’accorde des privilèges, des privilèges que non seulement d’autres n’ont pas, mais aussi qui sont bâtis sur la domination (capitalisme, colonialisme, exploitation inconsciente des ressources planétaires…). 

Si je ne mets pas ma position dans une catégorie dominante en lumière totale, il y a un risque… Je peux ne pas comprendre la colère des dominés. La colère de ceux qui vivent dans un manque de respect que je n’arrive pas à appréhender, puisque je me situe de l’autre côté.

Après tout, tous ces « dominés », là… Ne savent-ils pas que leur vie est le reflet de leur intériorité ?
Ne comprennent-ils pas qu’il suffit de se visualiser dans la piscine à bulle d’une villa à Los Angeles, tout en se plaçant dans un état d’esprit de gratitude et d’amour, en commençant par arrêter de se plaindre, et en passant enfin à l’action pour reprendre sa vie en main ?
La loi de l’attraction, les gars, vous connaissez ?

Mais, après ce fabuleux séminaire sur la loi de l’attraction, après toutes ces énergies si belles, qui a fait le ménage dans l’auditorium ? Et des lumineux participants à ce fabuleux séminaire si empowering, qui est resté pour voir qui faisait le ménage à la fin ?

Mon propos n’est certainement pas de culpabiliser, de condamner, ou de juger… mais simplement de mettre en lumière.

La fameuse lumière !

Travailleurs de lumière ? Quels travailleurs ? Quelle lumière ?

Ces cristaux pour élever la vibration énergétique de mon foyer, d’où viennent-ils ?

Cet ordinateur… d’où vient-il ? Qui a travaillé dans les mines, dans les usines, dans les transports… La liste est si longue, les systèmes de domination impliqués dans l’ordinateur avec lequel je suis en train d’écrire cet article sont si nombreux. Même si j’ai pu acheter mon ordinateur en reconditionné, ou si j’ai pu donner de l’argent à une association pour compenser mon empreinte carbone… ça n’annule pas le fait que mon ordinateur est le produit d’une imbrication de systèmes de domination, à mon avantage.

Tout mettre en lumière.

Vraiment, j’insiste, c’est juste ça : mettre en lumière. Je ne parle pas de se laisser diriger par ses émotions, de juger quoi que ce soit, de partir en guerre, de faire tomber des têtes. Juste de mettre en lumière la domination partout où elle se trouve. PARTOUT.

Espaces de libération de la parole

Parfois, on peut constater une oppression, et avoir un élan sincère d’aider l’autre à s’en libérer, même depuis notre position de domination malgré nous.

Super !

Alors qu’est-ce qu’on fait ?

Et bien, si on veut, on peut créer des espaces de libération de la parole, en proposant des ressources aux autres pour qu’ils puissent s’exprimer eux-mêmes. Je dis bien en proposant, pas en imposant (n’allons pas construire des écoles dans les communautés où les enfants sont libres et heureux d’apprendre en vivant tout simplement). On leur laisse leur pouvoir, avec respect, sans manipulation.

On prend soin de la liberté d’expression. On informe. On met en lumière. On libère la parole. Pas pour une idéologie, mais pour informer sur des sujets qui nous touchent selon nos valeurs, notre histoire, etc.

On peut même exprimer ça de manière un peu spirituelle, si on veut : on rayonne notre propre lumière. On rayonne ce que l’on a mis en lumière, pas nos zones d’ombre non conscientisées.

C’est ce qu’il s’est passé par exemple avec #metoo. Tout à coup, un espace pour libérer la parole des victimes de violence sexuelle s’est créé, bien plus vaste que les espaces déjà existants, et pouf, certains se sont rendus compte qu’il y avait des violences sexuelles partout. Alors visiblement l’ampleur du truc a choqué quelques personnes… Mais toutes ces victimes, une majorité de femmes mais aussi des hommes, elles n’ont rien inventé. C’est juste qu’avant, elles ne savaient pas où le dire, à quel point les violences sexuelles avaient eu un impact sur leurs vies. Elles avaient peur (et parfois à juste titre, à savoir que le danger était réel), elles avaient honte, on les faisait taire, voire elles n’avaient pas conscientisé tout ça.

Et oui, grâce au mouvement #metoo, beaucoup de personnes ont pour la première fois enfin pu conscientiser certains évènements passés comme étant de la violence sexuelle. Mais, leur parole n’aurait pas pu se libérer avant, puisqu’elles ne savaient même pas que c’était de la violence sexuelle, tellement certaines choses étaient taboues, ou banalisées (exemple : figurez-vous que regarder sous les jupes des filles, ça n’est pas drôle, en fait… et ça n’est pas un revirement moralisateur, ça n’a jamais été drôle, ça a toujours été violent). Mais avant #metoo, si quelqu’un était venu expliquer aux femmes, pour leur bien, pourquoi elles étaient de pauvres petites victimes de méchants agresseurs sexuels cachés à tous les coins de rue… bah non. Non. Quelqu’un qui vient t’expliquer que t’es une victime alors que t’as rien demandé (et que ça n’est peut-être pas du tout le cas), il y a des chances pour que tu l’envoies chier. Voire que ça te mette en colère. Parce que c’est, encore une fois, quelqu’un qui s’exprime à ta place.

Un autre visage de la domination : c’est pour ton bien

J’insiste encore, je souhaite vraiment que mon intention soit bien comprise : mettre en lumière, ça n’est pas juger telle ou telle situation selon un prisme moral de bien et de mal. Surtout pas ! Ce serait retomber dans un nouveau schéma de domination… Oui, la moralisation est un outil de domination.

En effet, la domination a plusieurs visages. Le visage le plus évident est celui de la domination physique. La loi du plus fort.

Mais la domination a un autre visage, qui permet de maintenir ce système vertical, et qui pourrait se résumer ainsi : c’est pour ton bien. 

Le dominant est ton protecteur.

C’est pour ton bien, c’est une des expressions préférées de tout système de domination. Et ça commence tout petit.

C’est pour ton bien, si tu veux que le père-noël t’apporte des cadeaux, il faut être sage et obéir à papa et maman.

C’est pour ton bien, fais de bonnes études, et tu réussiras ta vie. Réussir sa vie étant dans ce cas souvent synonyme de se placer assez haut dans les systèmes hiérarchiques en place, soit en gravissant les échelons, soit (et c’est surtout ça, en réalité) en maintenant ses privilèges.

C’est pour ton bien, si tu veux vivre en sécurité et « libre », obéit au pouvoir politique en place.

C’est pour ton bien, chut, tais-toi.

C’est pour ton bien est extensible, et peut se transformer par exemple, en c’est pour le bien de ta famille : travaille pour moi, et en échange je te donnerai un salaire qui te permettra de vous acheter de la nourriture et des smartphones.

C’est pour le bien de ta nation et de tes compatriotes, va faire la guerre et tuer d’autres gens, c’est de la légitime défense, puisqu’ils sont l’axe du mal. Après tout, ça a fonctionné pendant longtemps, cet argumentaire… Et ça fonctionne encore, semblerait-il. Plus pour très longtemps, j’ose espérer.

On peut même retrouver c’est pour ton bien dans des considérations spirituelles, ou écologiques : c’est pour le bien de l’évolution, pour le bien de l’humanité, pour le bien de la planète… Fais ceci, fais cela. Obéis, et tu seras protégé et sauvé de la fin du monde.

Mais le « bien », c’est un concept.

Le bien, c’est un ensemble de pensées, de croyances, de préférences sur ce qui devrait être ou ne pas être.

Je ne dis pas que le bien, c’est pas bien, et qu’il ne faut pas avoir de valeurs, ou de préférences. Moi par exemple je trouve ça bien d’être gentille. Hihihi. Et des fois je suis pas gentille et je trouve pas ça bien. Snif snif.

Je dis juste que le bien est un concept, et que comme tout concept, il est forcément très limité et réducteur, par rapport à l’infini richesse de la réalité, de la vie, et des expressions qu’elle peut prendre dans le moment présent.

Et le bien, c’est un concept très pratique pour faire fonctionner tout système de domination.

C’est pour SON bien : le corps de la femme

En gardant en tête que les systèmes de domination sont tous imbriqués, que les choses se transforment constamment, et qu’il n’est pas question de transformer des généralités en vérité absolue pour les cas personnels de chacun et de chacune, revenons-en au cas précis du patriarcat, à savoir de la domination des hommes sur les femmes. 

Déjà, statiquement, les hommes sont plus grands et plus musclés. Pas forcément, on est d’accord. Mais quand même avec la domination physique, la femme, elle est plus souvent en dessous, hiérarchiquement parlant. Mais encore une fois, pas de généralités, et ça n’est pas une compétition des souffrances. Il y a aussi des hommes qui se font maltraiter physiquement par des femmes (il y en a moins, et c’est une donnée à prendre en compte sociologiquement, mais il y en a), et à ma connaissance, les violences psychologiques n’ont pas de sexe.

Par ailleurs il se trouve que la majorité des femmes possède ce que l’on appelle un utérus. Utérus dans lequel peut potentiellement grandir un autre être humain, en plus petit : la descendance.

Et là, quand une femme tombe enceinte… Ça prend une autre tournure, cette histoire de patriarcat.

Parce que là, c’est pour ton bien se décale, de la femme, vers le contenu de son utérus, et de ce qui risque à un moment ou à un autre d’en sortir. Par son vagin (pssst, le mot vagin n’est pas un gros mot).

Déjà, si la grossesse n’est pas la bienvenue, pour des raisons qui concernent la femme… Enfin je veux dire, c’est son utérus, c’est son corps à elle, c’est sa vie, c’est ses choix… Oui mais là, c’est différent, parce que C’est pour le bien de l’embryon… C’est pas pareil… Aaaah…

La légalisation de l’avortement, ça reste pas tout fait acquis, à travers le monde…

Et si la grossesse est bienvenue (peut-être pas à 100%, hein, il y a souvent des sentiments un peu contradictoires dans cette affaire), si la grossesse continue, chuuuut, pour le bien du bébé, des protocoles médicaux sont mis en place, et la mère… bah la mère on ne lui demande pas son avis sur ce qu’on fait à son corps pendant la grossesse et l’accouchement. C’est pour le bien du bébé, tout ça. 

Bien sûr, la sécurité et la santé des mères et de leurs bébés c’est important. Et les progrès de la médecine obstétricale, c’est super. Mais il y a des subtilités entre « c’est pour ton bien, fais ce que le médecin t’a dit, même si ça te traumatise peut-être en passant, on ne te demande pas ton avis parce que tu n’y comprends rien » (#épisiotomie), et « regardons objectivement ce que nous disent les données en matière de santé, et accompagnons les patientes dans leurs choix, avec bienveillance et sans pression psychologique ni condescendance ». Ces deux approches sont très différentes.

Il n’y a qu’à regarder ce qu’il se passe en France, en terme de chasse aux sorcières (je pèse peut-être mal mes mots, tant pis) pour les sage-femmes qui pratiquent des accouchements à domicile (pour accompagner les femmes dont c’est le choix bien sûr)… Et ce en dépit de tout l’encouragement que devraient donner les données épidémiologiques aux autorités médicales (je parle de science, là, de statistiques, pas d’intuition à base d’encens). J’en reparlerai un autre jour, mais en attendant vous pouvez regarder cette magnifique vidéo de l’APAAD, sur les enjeux de l’accouchement accompagné à domicile en France :

Là j’ai juste parlé de grossesse et d’accouchement. Mais une fois que le bébé est sorti du fameux utérus (par le fameux vagin), et bien ma foi, ça continue cette histoire de c’est pour son bien. Ça ne s’arrête pas là.

C’est pour son bien, il faut s’occuper de bébé tout le temps, maintenant, oublie tes projets, ta carrière, de toute façon t’es moins bien payée…

Ne sois pas si fusionnelle, reprends donc le travail, ça l’aidera à s’émanciper, ce gosse, et toi aussi ça t’aérera un peu l’esprit. Retourne à ta place quelque part tant bien que mal dans les systèmes de domination en place, et mets-y ton gosse le plus tôt possible au passage.

C’est pour votre bien, à tous les deux, toutes ces injonctions et ces conseils non sollicités et qui vont te chercher là où c’est le plus précieux pour toi… Le bien-être de ton enfant.

Ne pas s’exprimer à la place des autres

Abandonner c’est pour ton bien, c’est notamment arrêter de s’exprimer à la place des autres, quand ils ne nous ont rien demandé. Arf, j’avoue, c’est difficile de se retenir, si on a envie d’avoir raison, tout ça.

Exemple 1 : Jacqueline a envie de mettre des talons aiguilles et des décolletés… Qu’on lui dise de s’habiller autrement, pour son bien, parce que ça pourrait exciter trop les hommes qui ne sauraient pas se retenir (sous-entendu c’est de sa faute si elle se fait violer (à ce sujet, voir l’excellente vidéo Idée Reçue de Max Bird : L’habit fait le viol). Ou qu’on lui dise qu’elle est une victime des publicités qui rabaissent la femme au rang d’objet sexuel, et que s’habiller comme ça empêche son émancipation et celle de toutes les femmes par la même occasion…
Dans les deux cas c’est quelqu’un qui explique à quelqu’un d’autre ce qu’elle devrait faire, pour son bien, ou pour le bien des femmes en général. LES femmes… Car nous sommes toutes les mêmes, c’est bien connu.

Mais peut-être que pour Jacqueline, cette envie de mettre des talons aiguilles et des décolletés correspond à l’expression de l’archétype de la femme fatale en elle, et ses choix vestimentaires se font dans le cadre d’un élan spirituel à exprimer son essence unique. Laissons Jacqueline tranquille, elle est en pleine illumination.

Exemple 2 : quand on interdit à une femme de porter son voile où elle veut et comme elle l’entend, sous prétexte de l’aider à son insu, pour son bien, à s’émanciper, d’un système religieux que l’on juge oppressant pour elle… C’est de la domination.

Dans ces deux exemples, on a perdu le féminisme en cours de route. On s’exprime à la place de l’autre, pour un concept de « bien ». Et notez que dans mes exemples, ces femmes ne font de mal à strictement personne. Leurs choix vestimentaires se font dans le respect des autres. Si ça nous dérange, ou si ça nous fait peur, c’est notre problème à nous, pas à elles.

C’est pour MON bien

Après avoir dit tout ceci, j’aimerais attirer votre attention sur le fait que les systèmes de domination, on en voit les conséquences dans le monde extérieur, mais c’est aussi un état intérieur.

Tous ces c’est pour ton bien qu’on nous a éventuellement rabâchés dans notre enfance ou plus tard, ils nous imprègnent, ils s’incrustent en nous, et se transforment en c’est pour MON bien

Et attention, ça va bien deux secondes d’accuser les autres, mais des fois, les c’est pour mon bien, on se les est créés strictement tout seuls. Par exemple, face à une situation émotionnellement intolérable dans notre enfance, nous pouvons avoir mis en place des mécanismes de défense psychologiques. Sur le moment, c’est pour notre survie, face à une situation traumatique impossible à gérer avec nos seules ressources d’enfant. (Entre parenthèse, c’est pour ça qu’il est très important d’aider les enfants à accueillir inconditionnellement leurs émotions, et j’y reviendrai dans d’autres partages). Mais le truc un peu dommage c’est si on garde ces mécanismes de défense psychologique toute notre vie, alors que peut-être qu’à 25 ans, à 40 ans ou à 80 ans, peut-être que là, en tant qu’adulte, on a les ressources pour gérer le truc. Peut-être. Ça n’est pas simple, non plus. C’est aussi une bonne idée demander de l’aide, parfois.

Euh, juste… On évite la psychanalyse, peut-être ? Parce que toutes ces histoires de complexe d’Œdipe, de mère castratrice et de boudin fécal… niveau patriarcaca, y’a du lourd.

Donc si on veut détruire les systèmes de domination de l’intérieur, sans violence, c’est aussi à l’intérieur de nous qu’il faut le faire taire. Et sans violence. 

Cela implique d’apprendre à observer nos schémas mentaux et à détecter tous nos c’est pour ton bien intérieurs :

– ceux que l’on applique à nous-mêmes en mode « c’est pour mon bien, il faut que j’obéisse à mon propre patriarche intérieur car il sait ce qui est bon pour moi et veut m’éviter de souffrir, il faut, il faut, il faut, aaaah j’y arrive pas…»

– ou ceux que l’on projette sans vergogne sur les autres, pour le bien du monde, en mode sauveur, bourreau ou victime, les 3 facettes de la même chose (le fameux triangle de Karpman).

Qu’est-ce qu’on fait ?

Alors qu’est-ce qu’on fait ?

Concrètement ?

Et bien, on observe. Et on déconstruit. Instant après instant. Chacun à notre échelle.

On déconstruit tous les c’est pour ton bien, dans tous les domaines. Dans l’éducation. Dans la santé. Dans le travail. Dans la justice. Dans les relations. Partout.

On continue de mettre en lumière.

Et c’est cette vigilance, cette observation de nous-mêmes, sans jugements, qui peut nous aider à évoluer et éviter de perpétuer tous ces schémas de domination sur nos enfants.

Car bien sûr une piste essentielle pour lâcher les systèmes de domination, c’est aussi de ne pas en instiller les codes chez nos enfants… Et non, c’est pour ton bien, ça n’est pas plus valide chez les enfants que chez les adultes. Il est vrai que tout seul, un enfant se démerde moyennement bien. Il a besoin d’adultes responsables pour prendre soin de son intégrité, ainsi que pour lui enseigner deux ou trois petits trucs qui pourraient lui être utiles, histoire qu’il ne passe pas sa vie à… à dérouler des rouleaux de PQ à longueur de journée. Mais on peut faire ça sans c’est pour ton bien. Et ce sera le sujet d’une prochaine vidéo. Une vidéo toute pleine de bons conseils en parentalité. Car comme vous le savez, je l’espère, j’ai tout compris à la parentalité. (pour ne pas la ratez, vous pouvez vous abonner à ma chaine youtube et/ou à ma newsletter)

Miroir miroir

La domination, c’est la hiérarchisation de la vie.

De mon côté, je vais tâcher de continuer à observer, accueillir et déconstruire ce qui en moi s’exprime à MA place. Mes blessures émotionnelles non résolues, mon mental, mon personnage encore attachée à ce que l’on risque de penser d’elle, à ce qu’elle pourrait provoquer de réactions émotionnelles chez l’autre, à ce faux danger : ne plus être aimée.

Je vais continuer à déconstruire ce débat stérile entre mes tyrans et rebelles intérieurs. Tantôt à vouloir tout contrôler pour ENFIN atteindre le saint Graal de la réalisation de soi : la productivité. Tantôt à en conclure que c’est de la merde, toute cette hygiène de vie discipline de coachs à la noix qui nous font croire que quand on veut on peut… Et à finir en boule sous ma couette à pleurer pendant des jours sans raison, parce que si, en fait, c’était un peu important, mine de rien, de prendre le soleil et de m’activer. Et que non, chips-café, ça n’est pas terrible comme régime au-delà d’un ou deux repas. Trempées dans du houmous, les chips, mais quand même.

A voir, ma vidéo : Une journée sans enfants (productivité et ressourcement)

Je vais me répéter autant de fois qu’il le faudra encore, sans drame, ce qu’on se dit souvent avec nos enfants : « ah, tiens, on a oublié l’Amour là, j’ai l’impression… Allez, gros câlin. »

Bref, je vais continuer de mettre en lumière mes systèmes de domination intérieurs. Les parts en moi qui mutuellement s’affrontent, s’invisibilisent, se censurent… C’est ces systèmes de domination intérieurs qui sont à mettre en lumière. J’avais envie de dire « en priorité »… Mais non. Car ce processus de mise en lumière inclut, pour ma part, d’arrêter de laisser dominer l’intériorité sur l’extériorité.

Tout mettre en lumière, intérieur et extérieur. Ne plus hiérarchiser les mondes spirituels et matériels. Ne plus confondre non-réaction et non-expression.

Ne plus hiérarchiser la vie.

À voir aussi, ma vidéo, lorsque la bisounours en moi se heurte à d’autres parts… autant en faire quelque chose de joli et de drôle : Chanson engagée

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Marie
Marie
6 mois il y a

Bonjour
Cela me fait penser à la médiation selon Krishnamurti :” Être libre de toute autorité de la notre et de celle d’autrui” “En cet état il faut être conscient de ce qui a lieu en nous-même sans vouloir le rectifier ni lui dire ce qu’il devrait être ou ne pas être”

marie GAVILA
marie GAVILA
6 mois il y a

C’est la seule meditation qui marche chez moi ! Et je suppose chez toutes les mamans qui n’ont jamais plus de 5min d’affiler de libre Mais j’ai beau avoir lu Krishnamurti je râle toujours après mes enfants quand ils jouent et cassent leurs jouets. Apparemment cela ne les dérange pas alors pourquoi je ne peux pas m’empêcher d’imposer mon autorité sur comment ils doivent jouer… N’ayant pas compris, ce genre d’expérience se répète encore et encore me donnant patiemment l’opportunité de comprendre et de prendre conscience de ce qui en moi veut s’exprimer. Le tout est de savoir à quoi… Lire la suite »

marie GAVILA
marie GAVILA
6 mois il y a

Je viens de regarder la vidéo de Laurent Martinez je ne connaissais pas. Merci infiniment. Très utile.

Loreleï P.
Loreleï P.
6 mois il y a

Merci de partager votre progression et de si bien détailler vos observations.
Je me sens définitivement moins seule sur le chemin de la parentalité, et sur celui de l’être humain en perpétuelle évolution.
J’essaye aussi d’appliquer un principe d’inclusion (par opposition à exclusion-restriction), qui accompagne la déconstruction-reconstruction nécessaire à la transition vers un quotidien plus harmonieux.
Ce qu’il y a de bien avec les trucs difficiles, c’est qu’au fur et à mesure qu’on les intègre, c’est de plus en plus facile. Normalement.
Merci encore.
Avec enthousiasme, et des tas de sourires colorés.